martedì 7 maggio 2024

L'EDUCATION ET LA SANTE' MENTALE

 SANTE MENTALE

     ET L’EDUCATION.

 

Le defi de leur interdependance

 

Colloque sur la place de la Santé Mentale et Soutien Psychosocial dans le processus de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la Paix et la Sécurité de l’Humanité (Kinshasa, Avril 2024)

 Prof. Jan De Groof, president de l’UMEC-WUCT

 Intro

Je suis en RDC depuis deux mois, accueilli par les Frères de la Charité, dans leurs centres Hospitaliers et d’Education.  

Il y a quinze jours, j’étais à Kananga.  Je fus reçu par une association de femmes victimes de violences sexuelles, pour la plupart filles-mère, et certaines handicapées. Leur témoignage m’a bouleversé. ‘Que puis-je faire encore de ma vie… ?’

Chez ces femmes, il y a une première souffrance : celle d’avoir été violée et, pour certaines, d’avoir mis au monde un enfant non désiré.

A cette souffrance s’ajoute une autre : celle de ne pas être reconnues comme victimes par la société.  La société, c’est aussi l’école.

 Je vous parlerai de l’agenda absolument prioritaire pour chaque société : la Santé, et particulièrement la santé mentale d’une part, le rôle de  l’Education d’autre part, et l’importance cruciale de leur prise en compte mutuelle de leurs rôles… !  

 Paradoxe

Quel paradoxe !

Alors qu’à la lumière des Droits humains fondamentaux, les malades mentaux figurent parmi les sujets de droit les plus vulnérables, puisqu’ils ne peuvent eux-mêmes exercer leurs droits, ils sont les oubliés du droit et de la société en général.

La santé mentale est considérée comme un droit humain fondamental primordial, une priorité pour son développement et indispensable à l’exercice des autres droits. Le droit à la santé concerne bien sûr les conditions matérielles de soins,  mais aussi l’ensemble des facteurs psychosociaux et structurels.

La dernière phase dans le droit international se focalise sur les déterminants psychosociaux de la santé pour les personnes en déplacement forcé, les personnes présentant un handicap psychosocial et les enfants et adolescents touchés par les conflits violents et portant atteinte à l’intégrité des communautés dont ils font partie, pendant des générations.

La maltraitance des enfants, en particulier la négligence, est l’une des principales causes de traumatismes (complexes). Près de la moitié des enfants vivant dans la pauvreté sont victimes ou témoins de violences. Les enfants ayant besoin de plus de soins, comme les bébés, les jeunes enfants et les enfants handicapés, les enfants qui subissent la guerre ou la violence  organisée, les enfants réfugiés courent un risque plus grand de maltraitance et de traumatisme.

Notions

La notion de santé – en fait et en droit - a considérablement évolué. Elle ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité mais englobe maintenant certaines préoccupations à caractère social, telles que les conséquences de la violence et des conflits armés. (Au niveau mondial, 1,25 million de personnes meurent chaque année des suites de blessures consécutives à des violences.  Selon l’OMS, en 2022, plus de 280 millions de personnes dans le monde vivaient avec des troubles dépressifs et dans les pays en développement, 85 % d’entre elles ne bénéficiaient d’aucun traitement.)

Les formes de violence peuvent en outre être interdépendantes, comme c’est le cas du racisme, des crimes de haine, du nationalisme xénophobe, de la violence étatique et des conflits armés.

Selon un récent rapport sur l’approche des Nations Unies (ONU) en matière de justice transitionnelle, les services de santé mentale et de soutien psychosocial doivent occuper une place centrale en Afrique, ce qui vaut spécialement pour le RDC !

Mais au fond, c’est quoi la maladie mentale ?

Aujourd’hui, selon les travaux les plus récents, la maladie mentale est un trouble fonctionnel de la relation au monde, à autrui, et sa survenance dépend donc aussi des normes du groupe, de la société. La maladie mentale n’est donc pas qu’un disfonctionnement biologique !  Si cette définition est exacte, ce que je pense, l’école a une importance considérable dans la lutte contre la maladie mentale.  Après la famille, l’école est en effet le lieu où l’enfant doit se sentir bien, c’est-à-dire reconnu, respecté dans toute son identité et intégrité, dans toute sa dignité.

 Objectifs de Développement Durable (ODD) et le Droit International

 Eliminer toutes les formes de violences contre les personnes est un des engagements que les Etats ont pris au niveau mondial dans le cadre du Programme de Développement Durable à l’horizon 2030. 

J’encourage bien entendu cet objectif, tout en restant critique ou sceptique , vu la carence systémique de mesures concrètes d’implémentation sur le terrain. Pire : le dernier rapport 2023 sur l’état des ODD’s en RDC indique que la santé mentale, le ‘subjective wellbeing score’ s’est dégradé encore plus et arrive à un niveau le plus bas depuis le début des indicateurs pour les  ODD’s il y a quinze ans…

Fixer la réalisation de ces objectifs sur le long terme, va en outre à l’encontre des obligations juridiques existantes découlant du droit international général et des différents traités applicables relatifs aux droits de l’homme, lesquelles ont un effet immédiat et engagent aujourd’hui déjà la responsabilité directe des Etats. Un Etat contrevient à ses obligations en matière de droits de l’homme lorsqu’il n’agit pas avec la diligence voulue pour prévenir les violations de droits ou pour enquêter sur des actes de violence et en punir les auteurs ou pour indemniser les victimes.

A des multiples reprises, l’ONU a fait référence à l’obligation de protéger de la violence les personnes en situation de vulnérabilité ou d’exclusion, en particulier les femmes, les enfants, les adolescents.

L’obligation de réaliser le droit à la santé impose aux Etats d’adopter les mesures législatives, administratives, budgétaires et judiciaires, ainsi que les mesures nécessaires en adoptant des politiques, des plans d’action ou des programmes destinés à prévenir et combattre le violence et à accorder des réparations aux victimes. 

La Cour Pénale Internationale a  clairement stipulé que certaines victimes, notamment les victimes de violence sexuelle ainsi que les enfants nés d’un viol, doivent être traités en priorité pour bénéficier de soins médicaux physiques et psychologiques immédiats et que des réparations doivent être accordées à la collectivité victime.  

Les violences sexuelles dans les zones de conflits, utilisées comme une arme de guerre et  une tactique de torture et de terrorisme, répondent à la notion de crime de guerre !

Le Secrétaire général de l’ONU a fait état encore récemment des faits de conflit en RDC et il a lancé le ‘Campagne des Nations Unies contre la violence sexuelle en temps de conflit’, un cadre stratégique à prévenir ce type de violences en luttant contre ses causes profondes.

 Enseignement

 Principes

Une stratégie pour lutter contre la violence selon une approche du droit à la santé doit être multisectorielle. L’enseignement est appelé à devenir l’axe clef dans cette stratégie.

Selon une enquête récente, l’école a été désignée par les jeunes comme l’entité sociale qui mérite le plus leur confiance, après la famille.  Les jeunes déclarent percevoir l’école comme une source d’estime de soi, un lieu qui favorise une plus grande conscience du monde, un endroit de soutien émotionnel.

Une abondante recherche a démontré que l’école est considérée par les enfants et leur familles comme nettement moins stigmatisante que des centres de santé. Le contexte scolaire permet une intervention prenant en compte les réalités sociales et la certitude de se trouver dans un lieu protégé.

Les traumatismes de la petite enfance peuvent comprendre l’exposition à une situation traumatisante avant l’adolescence comme les violences, un conflit armé, la condition de refugié.

Par vocation, l’école, l’enseignant est tourné vers l’avenir.  Il s’agit de former l’enfant, l’élève pour qu’il devienne un adulte épanoui, responsable.  C’est cet espoir qui le motive.

L’enseignant est aussi concentré sur le présent : apprendre est en soi une joie, un bonheur, une chance.  C’est dans la joie du moment présent que l’enfant peut ressentir le bonheur d’acquérir connaissances et compétences.

Or, chacun sait que l’enfant qui a été victime de violences est lui, tourné vers le passé, son histoire, sa souffrance.  Le futur de l’enfant victime de violence, est hypothéqué gravement, car par le traumatisme qu’il a subi, son identité est atteinte.  Son identité comme être social, sa confiance dans l’autre s’est profondément dégradée, sa confiance en lui aussi et dans la nature humaine.

 Comment l’école, tournée vers l’avenir, peut-elle prendre en considération des enfants porteurs d’un traumatisme, tourné chacun vers son passé ?

Il y a autant d’histoires individuelles que d’enfants.  Chaque enfant a sa propre histoire et réagit à sa manière à la souffrance, à la perte de son identité et de son intégrité physique ou morale.  Les uns parviennent à utiliser leurs compétences personnelles pour se rétablir, les autres pas.  Certains développent des troubles mentaux.

 L’enseignant

Les enseignants ont un rôle essentiel à jouer dans la reconnaissance des signes de maltraitance envers les enfants.  Les enfants voient l’enseignant comme l’une des premières personnes qui peuvent les aider à mettre fin à la maltraitance.

Il est crucial que les enseignants et autres professionnels de l’éducation en sachent davantage sur la maltraitance et les traumatismes des enfants.  Ils sont d’ailleurs juridiquement et moralement tenus de signaler les signes de violence ou de maltraitance sur enfants.  Il y a plusieurs codes de signalisation, utilisables sur téléphone ou tablette, éventuellement adaptés aux accords conclus à l’école.

 L’enseignant qui doit remplir sa mission d’enseigner, n’est ni thérapeute, ni psychiatre.  Il ne peut donc soigner.  Il est face à une classe, à des dizaines d’enfants.  Il doit respecter un programme. 

Mais ceci ne veut pas dire que l’enseignant ne puisse rien faire :

a.      Tout d’abord, il peut (il doit) expliquer ce qu’est la violence.  La violence sous toutes ses formes, physiques ou morales.  Le sujet ne peut pas être tabou.  Au contraire !

La violence est un thème à étudier régulièrement, depuis la petite enfance.

Grâce aux explications données par l’enseignant et aux débats (questions-réponses) qu’il organise, l’élève victime de violence peut se reconnaître. Il peut constater qu’il est victime, que la société le reconnaît comme telle.  Les enfants, auteurs de violences – par exemple le harcèlement – peuvent aussi se reconnaître et réfléchir.

L’enseignant peut expliquer les conséquences de la violence :

-         Traumatisme, perte d’identité, risque de développer des maladies mentales ou psychosomatiques ;

-         Tendances suicidaires ;

-         Agressivité

-         Troubles du langage, retards scolaires ;

-         Addiction à la drogue.

Il peut inviter les élèves, suivant leur âge, à faire un dissertation sur la violence ou à l’exprimer par des dessins.

 

b.     Ensuite, quand l’enseignant décèle un problème d’apprentissage ou de comportement chez l’enfant, il doit s’interroger sur sa cause. Les mauvaise notes ne sont pas toujours dues à la paresse ou à un faible quotient intellectuel. En parlant à l’enfant ou à ses parents, il peut découvrir qu’il y a quelque chose de grave qui s’est produit dans la vie de l’enfant et aussi éviter des sanctions ou réprimandes, qui accentuent encore la dégradation.

 c.      L’école peut aussi indiquer, par des affiches et des programmes online, où trouver de l’aide.

 Stratégies et Suggestions

Je me limite à quatre axes de stratégie et quelques suggestions.

 a.

L’investissement le plus efficace consiste à garantir l’enseignement maternel et primaire, inclusif et de qualité, et vraiment gratuit, ce qui signifie que l’Etat doit prendre en charge les salaires du personnel des écoles publiques et conventionnées,  favoriser l’accès de tous les adolescents à un enseignement secondaire gratuit et de qualité.

L’école joue un rôle déterminant dans le développement des enfants et, en particulier, dans l’atténuation des effets de la violence et des conflits. L’expérience et la recherche attestent de l’efficacité d’une approche pédagogique globale pour promouvoir la santé mentale et traiter des problèmes comme celui du harcèlement. 

Des interventions axées sur les compétences psychosociales et émotionnelles, à l’école et dans le cadre familial, contribuent à décourager la participations aux activités de gangs, par exemple. L’éducation devrait donner aux enfants les moyens de s’épanouir socialement, émotionnellement et économiquement.  Lorsque tous les jeunes reçoivent la chance d’aller à l’école, le risque de voir se développer des sous-cultures porteuses d’exclusion est réduit.

 Suggestion : ‘L’éducation souffre’ : voilà la conclusion que j’ai vu et entendu pendant mes rencontres avec des directeurs d’établissement,  enseignants, parents durant les deux mois passés dans plusieurs provinces de RDC. L’Observatoire Congolais du Développement Durable devrait être en charge d’un rapport critique sur la situation réelle en 2024 et sur la carence de l’Etat dans ses responsabilités primaires !

Des experts internationaux sont totalement disponibles pour offrir une assistance.

 b.

Une abondante recherche existe qui confirme l’importance du renforcement organique et institutionnel des capacités des écoles et les service d’école préscolaire à promouvoir la santé mentale et à aider les enfants et les familles confrontés à des troubles de la santé mentale.

Ils existent multiples raisons pour garantir structurellement des services de santé mentale et de soutien psychosocial en milieu scolaire.

Les écoles permettent d’entrer en contact avec en principe chaque - et en tout cas un grand nombre d’ - enfant(s) et d’adolescents.  La moitié des troubles de santé mentale se déclare avant l’âge de 14 ans, il est donc crucial d’intervenir le plus tôt possible.

En plus, l’école renforce la participation des parents et des familles d’une part et le ‘school based mental health ‘ d’autre part. Elle permet en plus aux enseignants d’acquérir une expertise, en coopérant avec les professionnels de la santé mentale. 

Il  faut donc ’un réseau (‘network’) interdisciplinaire et collaboratif des professionnels de la santé intégré dans, ou coopérant intensément avec, l’école : ‘school based collaborative health care networks’.

Il pourrait s’agir de services de SMSPS (Services de Santé Mentale et de Soutien Psychosocial) fournis par un professionnel de la santé spécialisé ou un professionnel du secteur éducatif formé et soutenu à cette fin dans chaque école, ou de mesures visant à faire en sorte que chaque établissement scolaire dispose d’un processus bien défini pour guider les élèves et étudiants et les enseignants.

Suggestion :  Plusieurs modèles d’approche innovative de coopération structurelle entre Soins de Santé et Education ont prouvé leurs mérites, spécialement dans des communautés démunies et d’immigrés. Il faut qu’on développe des projets pilotes financés par l’Accord de Coopération entre l’Union Européenne et le RDC.

Deuxièmement, il faut analyser dans quelle mesure la législation nationale garantit formellement un tel cadre coopératif. Le droit scolaire comparé fournit d’excellentes exemples de leur complémentarité et d’une coordination réciproque.

 c.

Dans le cadre des stratégies de prévention de la violence, l’éducation sexuelle est un moyen indispensable de prévenir la violence, en particulier la violence à l’égard des filles, et doit être considérée comme un droit fondamental, comme mentionné par la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme :  « Refuser aux enfants l’accès à une éducation complète à la sexualité va à l’encontre de leur droit à la santé physique et mentale », a dit la Cour.

Des bons exemples d’intégration réussie de la prévention de la violence dans les programmes publics d’éducation sexuelle complète ont été développé.

 Suggestion : Ils existent au sein du monde de l’éducation des banques de données concernant les ‘ best practices’. Il faut y ajouter : l’Invitation de femmes victimes de violence sexuelle à prendre la parole à l’école.

 d.

Refus absolu de chaque sorte de violence au sein de l’école.

Le harcèlement à l’école compromet le droit des enfants à la santé mentale.  J’en déduis une leçon cruciale pour tout ce qui a été dit : les relations communautaires et de la société civile sont d’une importance capitale pour la santé mentale. La stratégie la plus efficace ce concentre sur le niveau sociétal, afin de donner des moyens d’action aux enseignants, parents et membres de la communauté.

Il va sans dire que toute violence physique ou morale, exercée par un enseignant, comme le fouet, est à proscrire fermement. Doivent être bannies sans exception : les sanctions corporelles infligées aux enfants ! On ne peut pas lutter contre la violence en étant violent.

En d’autres termes : pour être respecté, l’enseignant doit être respectable.

Suggestion : Le développement à court terme des scénarios communautaires, pour la lutte contre le harcèlement et l’articulation précise de la déontologie de l’enseignant. Et aussi des méthodes positives :  Une étude a démontré l’impact positif et multifonctionnel à court terme pour la santé mentale du jeu des tambours en groupe,

 Conclusion.

 Les 193 membres de l’ONU ont proclamé solennellement « à nouveau notre foi dans des droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la et de chaque personne humaine ».

Il est grand temps de faire de la santé mentale une priorité. La communauté internationale doit appliquer le cadre juridique existant et contraignant, garant de systèmes de santé mentale respectueux de la dignité et des droits de leurs usagers et des professionnels concernés. 

Il est crucial que l’Etat prenne en compte l’urgence des droits décisifs pour l’avenir, notamment la santé et l’éducation. Des instances internationales doivent être invitées à sanctionner la carence continue à ce propos.

Les Chartes de l’Union Africaine sont explicites sur leur primauté, spécialement dans cette année 2024, vu que l’Union Africaine a choisi l’éducation comme domaine d’action commune et absolument prioritaire.

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Sources :

Les documents des Rapporteurs Spéciaux de l’ONU, de l’ONU, SDSN International, UNESCO, OMS.

et mes propres publications concernant le Droit à l’Education, la Mission et le Statut de l’Enseignant, et les ODD’s.

 

 (23.04.2024 - texte provisoire)


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