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EN MOUVEMENT
Le Jubilé comme point de départ renouvelé
pour l’avenir
Maestros catòlicos en movimiento
Les enseignants catholiques en moviment
-
par Giovanni Perrone*
Au cours de la dernière année de sa vie, le pape François
a proclamé le Jubilé de 2025, dont le thème central est l'espérance. Cet
événement, de par son caractère unique et universel, entretient un lien étroit
avec le monde de l'éducation et de l'école. Il est perçu comme une occasion
précieuse de réfléchir et d'agir dans le domaine de l'éducation, en favorisant
l'espérance par un enseignement qui met l’accent sur la confiance dans la
croissance humaine, l'acceptation de la diversité et la promotion de relations
et de rencontres pacifiques. Éducation et espérance sont étroitement liées.
L'espérance est un de moteurs de l'éducation.
Dans le cadre des célébrations du Jubilé, le Dicastère pour la Culture et
l'Éducation a organisé le Jubilé du Monde de l'Éducation, qui se tiendra à Rome
du 27 octobre au 2 novembre 2025, pour célébrer et souligner l'importance du
secteur de l'éducation.
Le défunt Pontife a souligné à plusieurs reprises que les enseignants et
les éducateurs sont appelés à être des hommes et des femmes d’espérance, qui
travaillent avec confiance et patience pour la croissance de chaque personne,
en cultivant la dignité et la vocation de chacun.
Le Jubilé, en particulier, est l’occasion de garantir le droit à
l’éducation pour tous, en particulier pour les personnes marginalisées, les
migrants et les réfugiés, qui rencontrent souvent des obstacles pour accéder à
l’éducation et vivre « décemment ».
En cette période troublée que nous vivons, qui pollue même notre façon de
penser et d’être, laissant prévaloir la logique de l’oppression, de la
thésaurisation et de l’arrogance violente et aveugle, le parcours du Jubilé
nous exhorte à « dépasser la logique du conflit pour embrasser celle de la
rencontre, et considère le monde éducatif comme un lieu fondamental pour
construire un avenir de paix ».[1]
À la suite du pape François, le pape Léon XIV a rappelé
le principe « d’évangéliser en éduquant et d’éduquer en évangélisant »,
soulignant enfin l’importance de la « synergie » entre toutes les « composantes
éducatives ».[2]
L'Union Mondiale des Enseignants Catholiques (UMEC)
participe aux Journées Jubilaires de l'Éducation avec un programme assez
intense, dans le cadre établi par le Dicastère pour la Culture et l'Éducation.
Le pape Léon XIV accueillera les enseignants le matin du
31 octobre. Après son discours, ils franchiront la Porte Sainte. L'après-midi,
l'UMEC participera au « Village de l'Éducation », où seront
présentées les meilleures pratiques éducatives du monde entier. Le 1er
novembre, après la célébration eucharistique à Saint-Pierre, présidée par le
pape, l'après-midi sera consacré à une table ronde à l'Université LUMSA sur le
thème « Le rôle des enseignants catholiques dans une société en
conflit », avec des présentations du cardinal Zuppi et d'intervenants
venus du Portugal, de Londres et de Rome. Le 2 novembre, les enseignants
participeront à une journée d'étude et de discussion à l'Université Grégorienne
sur le thème « L'enseignant catholique aujourd'hui : témoin,
innovateur et leader ». Des enseignants de différents continents, ainsi
que des représentants de l'UNESCO, interviendront également tout au long de la
journée. Des représentants des Dicastères du Saint-Siège interviendront
également tout au long de la journée. Le 3 novembre sera consacré à la réunion
annuelle du Conseil de l'Union afin de faire le point sur les activités et de
planifier l'avenir. Les travaux seront coordonnés par l'Assistant
ecclésiastique de l'Union, l'Archevêque de Cambrai, Vincent Dollmann, et par le
président, le Professeur Jan De Groof.
L' Union mondiale des
enseignants catholiques (UMEC) est une organisation internationale. Elle
est composée de représentants laïcs d'associations nationales d'enseignants
catholiques, ainsi que d'enseignants travaillant dans des écoles et universités
catholiques, publiques et laïques. Sa mission est de soutenir et de promouvoir
les valeurs de l'Évangile dans l'éducation et les écoles, tout en respectant la
spécificité de chaque établissement.
Fondée il y a près de 120 ans,
l'UMEC-WUCT, reconnue par le Saint-Siège, bénéficie d'un statut consultatif
auprès de grandes institutions mondiales, dont l'UNESCO et l'UNICEF. Elle
collabore avec le Dicastère pour la Culture et l'Éducation et le Dicastère pour
les Laïcs, la Famille et la Vie. Elle compte un représentant au conseil
d'administration du CCIC (Centre catholique international de coopération avec
l'UNESCO).
Elle favorise ainsi la coopération
entre les établissements d'enseignement et le respect de la liberté
d'enseignement. Elle organise des initiatives de formation et de réflexion aux
niveaux local, national et international.
L'Union possède sa propre identité,
établie par Pie XII lors de sa refondation d'après-guerre. Il ne s'agit pas
d'un syndicat spécifique réservé aux écoles et universités catholiques, mais
d'un « syndicat d'enseignants catholiques ».
Est-il judicieux d’être enseignant
catholique aujourd’hui, dans une société en évolution rapide où le rôle de
l’éducation et les nombreux défis éducatifs qui interpellent et confondent
souvent les individus, les familles et les institutions font débat ?
Les universités et écoles
catholiques, actives avec diligence dans divers pays, ne peuvent être
considérées (ni se considérer) comme des « hortus conclusus »-enclaves
privé, même si elles sont de grande qualité, mais manquent parfois d'une
relation fructueuse avec leur époque et leur territoire. L'éducation est un
cheminement aux chemins parfois tortueux et aux moyens divers; un cheminement
qui favorise la rencontre, la découverte, le dialogue et la discussion, la
planification et la reprogrammation, le partage, l'accompagnement et la
réorientation, mais aussi le discernement et la réflexion.
Les enseignants catholiques ne
travaillent pas uniquement dans les écoles catholiques, où leur travail peut
être facilité par des valeurs, des styles et des pratiques partagés. Nombre
d'entre eux évoluent, parfois discrètement et silencieusement, dans des
environnements complexes, souvent méfiants et hostiles. Cela peut conduire à
une présence fade ou neutre, voire à un rejet des valeurs évangéliques.
Le pape François nous a invité à
plusieurs reprises à sortir du cercle fermé, « à aller vers les périphéries,
à aller chercher les personnes qui ne comptent pas, les laissés-pour-compte de
la société – parce que nous vivons dans une culture du jetable, et ou les gens
sont jeté. Aller là-bas, c’est précisément ce que Jésus a fait » [3].
En ouvrant la Porte du Jubilé, le pape François a
exhorté chacun à « agir sans délai : nous,
disciples du Seigneur, sommes invités à trouver notre plus grande espérance en
Lui, puis à la porter sans délai, comme des pèlerins de lumière dans les
ténèbres du monde. »
Le pape Léon XIV a récemment
souligné l'importance d'un enseignement vivant, considéré comme un « ministère
et une mission » pour aider les jeunes à donner le meilleur d'eux-mêmes selon
le plan de Dieu, transformant les défis de l'époque contemporaine en «
tremplins ». Au cœur de cette démarche se trouve son appel à la « synergie »
entre toutes les composantes éducatives.[4]
Au-delà de l'horizon, avec
de nouveaux défis
Le pape François, lors de sa
rencontre de novembre 2022 avec les participants au congrès de l'UMEC-WUCT, a
clarifié plusieurs aspects relatifs à la présence des enseignants catholiques
dans les écoles : « La présence d'éducateurs chrétiens dans les écoles est
d'une importance vitale. Le style qu'il adopte est crucial. L'éducateur
chrétien, en effet, est appelé à être à la fois pleinement humain et pleinement
chrétien... Il ne doit pas être spiritualiste et déconnecté du monde...
L'éducateur chrétien doit être enraciné dans le présent, dans son temps, dans
sa culture. Il est important que sa personnalité soit riche, ouverte, capable
d'établir des relations sincères avec les élèves, de comprendre leurs besoins
les plus profonds, leurs questions, leurs peurs, leurs rêves... Veillez à aider
les enseignants à comprendre ce qu'est une innovation qui favorise la
croissance et ce qu'est une idéologisation, une colonisation idéologique...
Aujourd'hui, la colonisation idéologique détruit la personnalité humaine, et
lorsqu'elle pénètre dans l'éducation, elle fait des ravages. »[5]
La présence et l'action des
institutions catholiques et des enseignants catholiques, où qu'ils opèrent
(parfois cachés), constituent une ressource précieuse pour tous ; elles
sont essentielles pour promouvoir ces « valeurs universelles » qui
imprègnent l'Évangile, telles que la paix, l'accueil, le dialogue et la
fraternité, l'attention aux plus démunis, la valorisation, la cohérence, la
communauté, le service, la solidarité, la justice, la miséricorde, le bien
commun et même la transcendance. Ce sont des valeurs dont le monde actuel, en
proie à des difficultés, a besoin pour surmonter la logique de la violence, de
l'égocentrisme, de l'arrogance et de l'oppression qui polluent les institutions
et les individus. Ces valeurs doivent imprégner le savoir scolaire et le style
institutionnel. C'est pourquoi nous avons besoin d'institutions et
d'enseignants qui sachent prendre soin non seulement de l'espace limité dans
lequel ils évoluent, mais aussi de la communauté où ils accomplissent le
précieux service d'enseignement et d'éducation.
« L’isolement et le repli sur
soi-même ou sur ses propres intérêts ne sont jamais le moyen de restaurer
l’espoir et d’apporter un renouveau, mais c’est la proximité, c’est la culture
de la rencontre qui favorise la vie… Il n’y a pas de vie où l’on prétend
n’appartenir qu’à soi-même et vivre comme une île : dans ces attitudes, la mort
prévaut [6]. »
Cela n’invalide pas le caractère
laïc des institutions, mais l’enrichit et lui donne tout son sens.
Les participants à la rencontre
jubilaire réfléchiront sur ces questions, afin de repenser leur présence dans
les écoles et dans le monde, et de concevoir de nouveaux parcours concrets de
formation, d'espérance et d'engagement, aptes à répondre aux défis complexes
d'aujourd'hui, en évitant les parcours « éducatifs » stériles, enlisés,
déviants ou dénués de sens.
*Conseiller
spécial UMEC-WUCT
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