Pèlerins d’Espérance
avec les catéchumènes
et les
néophytes
-par Vincent Dollmann,
Archeveque de Cambrai, Assistent Ecclesiastique UMEC-WUCT
Introduction : les catéchumènes et les néophytes, un
don à toute l’Église
Les catéchumènes désignent, selon l’étymologie grecque,
ceux qui sont « instruits de vive voix » en vue des sacrements de l’Initiation
chrétienne, à savoir le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Après le
baptême, ils sont appelés néophytes, ce qui signifie étymologiquement «
nouvelle plante ».
Dès les premiers temps, fut mis en place un accompagnement catéchétique et
liturgique pour le catéchuménat et le néophytat sous la responsabilité directe
de l’évêque. Avec la christianisation des sociétés européennes au Moyen-Âge, le
baptême d’enfants est devenu la norme. Ce n’est qu’au XXe siècle
marqué par la sécularisation et la rupture de transmission de la foi, que
l’Église catholique a relancé officiellement le catéchuménat des adultes lors
du Concile Vatican II par la Constitution sur la liturgie Sacrosanctum
Concilium (n. 64-69). Un rituel pour toute l’Église en 1972 a été
publié ; la version française a été officialisée par la Conférence des évêques
de France en 1996, sous le nom de Rituel d’Initiation chrétienne des
adultes (RICA).
Depuis quatre ou cinq ans, tous les diocèses de France
voient une augmentation importante du nombre de catéchumènes dont la moitié ont
entre 15 à 25 ans. Ils rejoignent le nombre croissant des baptisés qui, à l’âge
adulte, souhaitent recevoir la communion ou la confirmation. C’est un cadeau du
Seigneur pour notre temps, qui doit nous réjouir et susciter notre action de
grâce.
Le cheminement des catéchumènes vers le Christ a été
souvent déclenché par des expériences spirituelles personnelles, comme la
visite d’une église qui invitait au silence et au recueillement, ou encore la
confrontation à des événements heureux ou douloureux qui les ont amenés à
s’interroger sur le sens de la vie, sur le bonheur et l’au-delà. Mais leur
entrée en catéchuménat n’a pu se faire qu’avec le soutien de chrétiens qui les
ont écoutés et mis en lien avec une paroisse, une aumônerie ou un mouvement.
Les catéchumènes viennent ainsi interpeler la
disponibilité des chrétiens à être témoins du Christ en paroles et en actes.
Ces derniers sont appelés à accompagner les catéchumènes pour qu’ils se
laissent greffer par le Christ sur sa vie de ressuscité en accueillant la sève
de sa Parole et des sacrements de l’Église. Dans la lettre pastorale sur la
mission d’annonce de l’Évangile en 2022, j’avais indiqué que le catéchuménat
était un domaine à renforcer. Avec l’expérience de l’équipe diocésaine, des
prêtres et des animateurs du catéchuménat, il y a aujourd’hui à porter
l’attention sur deux aspects : l’accompagnement des catéchumènes et néophytes
par toute la communauté chrétienne et la mise en valeur d’un cheminement du
néophytat qui peut s’appuyer sur la catéchèse mystagogique des premiers
siècles, catéchèse de l’approfondissement des sacrements reçus.
1. Un cheminement en Eglise
Le baptême fait de nous des membres à part
entière de la grande famille de Dieu. L’initiative vient toujours de lui et
nous y répondons en faisant l’expérience de son amour qui nous sauve. Dans
votre cheminement comme catéchumènes et nouveaux baptisés, chacun de vous fait
une rencontre personnelle avec le Seigneur dans la communauté qui
l’accueille » (Pape Léon XIV, discours aux néophytes et catéchumènes
français, Rome, 29 juillet 2025).
Les sacrements de l’Initiation chrétienne, à savoir le
baptême, la confirmation et l’eucharistie, concernent toute l’Église.
Les sacrements de l’Initiation, comme chaque sacrement,
sont le cœur battant de l’Église. Ils lui donnent part à la vie du Christ et
l’édifient comme Peuple de Dieu, Corps du Christ et Temple de l’Esprit-Saint.
Tout sacrement reçu, même en présence d’une assemblée réduite, rejaillit sur
l’ensemble de l’Église. Celui qui est bénéficiaire de la grâce d’un sacrement
est en effet établi et renouvelé dans sa dignité de fils de Dieu qui fait de
lui une personne en relation avec Dieu et les autres. Bien plus encore, chaque
sacrement met en œuvre le salut obtenu par le Christ pour l’humanité et fait
ainsi de celui qui le reçoit un relais de cette grâce.
Le catéchuménat offre à chaque baptisé la possibilité de
s’ouvrir à cette dimension ecclésiale des sacrements, en portant les
catéchumènes dans la prière et en veillant à tisser des relations fraternelles
avec eux. Le cheminement prévoit des célébrations en présence de l’assemblée.
Celles-ci ont à être intégrées dans le programme liturgique des paroisses et
des lieux d’Église qui accueillent des catéchumènes. Au début du Carême, une
liste de noms de catéchumènes est remise à chaque paroisse du diocèse.
Ce lien de prière entre baptisés et catéchumènes affermit
leur attachement au Christ et à son Église. Les enfants, lors de la rencontre
du catéchisme, comme chaque paroissien à la messe dominicale, doivent y être
encouragés. De même, lors de la célébration de l’appel décisif au début du
Carême, il existe la belle tradition de la remise du nom des catéchumènes aux
communautés religieuses, familles spirituelles et groupes de prière.
Catéchumènes et baptisés, un enrichissement mutuel
Alors que le dernier synode des évêques de 2023 et 2024 à
Rome, invitait les chrétiens à porter une plus grande attention à la synodalité
de l’Eglise, je suis convaincu que le Seigneur nous offre aujourd’hui de
l’expérimenter avec les catéchumènes. Il s’agit de les accueillir et de nous
enrichir mutuellement des expériences de foi et de service.
Ce que les catéchumènes portent comme richesses
1. Même
si le relais de chrétiens a été décisif pour entrer en catéchuménat, les futurs
baptisés nous rappellent que Dieu peut toucher les cœurs par des médiations les
plus diverses, au-delà de nos structures pastorales. Le cheminement des
catéchumènes invite à rendre grâce pour l’action de l’Esprit Saint dans le cœur
des hommes et à lui donner toute sa place dans notre vie spirituelle.
2. Les
premiers contacts avec la communauté, par la visite d’une église ou la
participation à une célébration, sont un appel pressant à soigner les liturgies
en veillant à la beauté et au silence mais aussi à garder nos églises ouvertes
et propres.
3. Les
catéchumènes nous provoquent plus largement à travailler à une Église
accueillante. Cela passe notamment à travers l’attention aux différentes
générations et sensibilités spirituelles et à la proposition de temps de
convivialité, notamment après les célébrations.
4. Les
catéchumènes ont pour la plupart fait une expérience de la présence de Dieu
dans leur vie et expriment une vraie soif de le connaître. Ils interpellent
ainsi les baptisés sur la place effective de l’Évangile du Christ dans leur
vie. Ils nous stimulent à approfondir notre connaissance de la Parole de Dieu
et à en cultiver le goût par la prière personnelle et communautaire.
Ce que les chrétiens de longue date portent comme
richesses
Quant aux baptisés, leur fidélité au baptême et à leur
vocation personnelle est un roc sur lequel les catéchumènes peuvent s’appuyer.
1.
Le
témoignage de vie des aînés dans la foi est un soutien pour leur permettre de
discerner ce qui est contraire à la vie de disciple du Christ. Ils pourront
s’approprier les renoncements qu’ils déclarent devant l’assemblée lors du
baptême.
1.
La
découverte des engagements de chrétiens au service du prochain, notamment des
personnes fragiles et pauvres, les encourage à y prendre part et surtout à
laisser la charité chrétienne animer leur vie.
3. L’attachement
des chrétiens à la Tradition et à la vie de l’Église leur permettra de
développer le sens de l’Église, Peuple de Dieu et Corps du Christ, Mystère de
communion.
Le catéchuménat dans et avec la communauté chrétienne
Si toute l’Église est concernée par le catéchuménat, il
s’agit, comme l’indiquent les directives du catéchuménat du diocèse, de le proposer
non seulement dans les paroisses, mais aussi dans les écoles catholiques, les
aumôneries scolaires, les aumôneries d’hôpitaux et de prison, les mouvements et
les groupes de prière (Indications canoniques et pastorales du 15
mars 2024). Il nous faut encore aller plus loin et faire des équipes de
catéchuménat un lieu d’Église. Il s’agit de sortir du schéma d’équipe
constituée uniquement de catéchumènes et de leur catéchiste et de veiller à ce
que les catéchumènes soient en lien avec les prêtres et l’ensemble du Peuple de
Dieu. Dès le départ de leur cheminement, les catéchumènes doivent pouvoir
s’ouvrir à la richesse de la vie ecclésiale au niveau diocésain et universel.
Certaines paroisses du diocèse proposent aux catéchumènes
d’intégrer des fraternités paroissiales qui facilitent l’articulation des
différentes dimensions de la réflexion, de la prière et de la convivialité, et
qui se poursuivent après le baptême durant le temps du néophytat. D’autres
paroisses proposent aux catéchumènes une alternance entre le petit et le grand
groupe, ou encore entre les rencontres avec les catéchistes et la communauté.
Elles prévoient par exemple de commencer le parcours Alpha avec d’autres
personnes, ou encore de fixer les rencontres le dimanche matin, avant de
rejoindre la messe qui est suivie d’un temps convivial.
Comme ministres de la communion et des sacrements de
l’Église, les prêtres exercent dans leur lieu de mission la
vigilance sur le catéchuménat. Si certains participent directement à un groupe,
tous ont à prendre part au discernement concernant les étapes du catéchuménat
et l’admission aux sacrements. Parmi les accompagnateurs, il faudra toujours
des catéchistes formés et qui continuent de se former. Le
Service diocésain du catéchuménat en assure la responsabilité. En tant
qu’évêque, j’ai à veiller à ce que cet accompagnement soit effectif et fécond.
Le Rituel de l’Initiation prévoit la figure de garant ; il
s’agit d’« une personne qui connaît le candidat, l’a aidé et peut témoigner de
sa conduite, de sa foi et de sa décision » (RICA n. 45).
Les parrains, hommes et femmes, ont à
participer activement au cheminement et à prendre leur place dans les
rencontres et les différentes célébrations. Le Rituel parle du parrain comme
d’un témoin et d’un éducateur de la foi : « Il est choisi par le
catéchumène à cause de son exemple, de ses qualités, et par amitié ;
il est délégué par la communauté chrétienne locale et agréé par le prêtre »
(RICA n. 46).
Le cheminement du catéchuménat en équipe, avec des clercs
et des laïcs, et si possible avec des néophytes, permet d’endiguer le
décrochage par rapport à la vie de l’Église de beaucoup de catéchumènes après
leur baptême. Il participe à l’effort de nos communautés pour vivre de l’Esprit
de la Pentecôte qui unit les cœurs dans la charité du Christ et qui les
accompagne dans le service de son Evangile.
2. Une démarche de catéchèse et de conversion
« Le Baptême introduit dans la communion avec le
Christ et donne la vie. Il nous engage à renoncer à une culture de la mort très
présente dans notre société » (Pape Léon XIV, aux néophytes et
catéchumènes français).
Un cheminement vers les sacrements de l’Initiation
chrétienne
Le catéchuménat a en vue le baptême, la confirmation et
l’eucharistie. Ils constituent ensemble les sacrements de l’Initiation.
J’affirmais ainsi dans les Indications canoniques et pastorales du 15 mars 2024
: « Comme évêque, je ne peux pas accueillir un adulte au baptême sans avoir la
garantie qu’il reçoive également la confirmation et normalement l’eucharistie,
sauf dans des situations canoniques particulières ».
Toutefois, si un étalement dans la réception des
sacrements de l’Initiation est prévu, il faut le discerner avec le catéchumène
et ne pas dépasser la durée d’un an. Si le temps du néophytat est un temps
d’approfondissement des grâces reçues dans les sacrements de l’Initiation et
d’enracinement dans la vie ecclésiale, il est propice à une catéchèse
approfondie sur le sacrement de la réconciliation. Avec l’eucharistie, ils
constituent les deux appels dont dispose le chrétien pour demeurer dans la
grâce du baptême. Le pardon reçu dans ce sacrement, c’est le don de la vie du
Christ ressuscité par-delà nos limites et nos péchés.
Un cheminement sur une durée
Pour le diocèse les Indications canoniques et
pastorales indiquent un repère de deux ans pour la durée du
catéchuménat et suggèrent de commencer au minimum le cheminement en
janvier-février pour le baptême l’année d’après.
Pour les collégiens et les lycéens, les responsables
d’une institution ou d’une aumônerie scolaire peuvent, pour des raisons
sérieuses, adapter le cheminement au rythme de l’année académique.
Dans tous les cas, il appartient au curé et aux
responsables locaux du catéchuménat de discerner pour maintenir l’exigence de
la durée et assurer une préparation suffisante.
Un cheminement qui intègre les démarches administratives
La réception des sacrements de l’Initiation est notifiée
dans un registre paroissial et diocésain. Cela nécessite la constitution d’un
dossier. Cette démarche souligne l’importance du catéchuménat pour l’Église et
constitue un encouragement aux catéchumènes, ainsi qu’à leurs accompagnateurs,
pour le vivre avec sérieux. La récolte des données en vue de la constitution du
dossier fait partie de la démarche catéchuménale. Elle nécessite un climat
d’écoute et permet de repérer les situations difficiles qu’il faut détecter à
temps pour proposer des cheminements adaptés. Ceux-ci sont à discerner en lien
avec le curé et l’équipe diocésaine du catéchuménat.
Un enseignement qui s’appuie sur les Saintes Écritures et
la Tradition de l’Église
Les Saintes Écritures et la Tradition de l’Église forment
la base de tout parcours catéchétique. En simplifiant, nous pourrions dire que
la Tradition désigne le trésor de la réflexion, de la prière et du service que
l’Église a développé au cours des âges. Cela signifie que les Saintes Écritures
ne peuvent être lues qu’en lien avec la Tradition.
Ensemble, Écriture et Tradition permettent le progrès de
la foi au sens d’un approfondissement. La Constitution conciliaire sur la
Révélation divine parle de « la perception des choses qui s’accroît » (Concile
Vatican II Dei Verbum n. 8). En tenant ensemble Tradition et
Écriture, l’approfondissement de la connaissance sera à la fois d’ordre
intellectuel et existentiel. La foi peut alors véritablement aider à vivre et à
prendre le chemin de la Vie divine. À côté des supports catéchétiques, il est
ainsi important de familiariser les catéchumènes avec la Bible et le Catéchisme
de l’Église Catholique.
Un cheminement qui ouvre à la conversion
En visant le renforcement de l’attachement au Christ et à
son Église, la catéchèse interpelle nécessairement la vie des catéchumènes. À
la lumière de l’Évangile, elle éclaire sur les détachements à opérer.
L’entrée en catéchuménat et l’appel décisif comportent
des dialogues liturgiques entre le célébrant et les catéchumènes qui les
préparent à la renonciation et à la profession de foi du baptême. Ces dialogues
méritent une attention particulière pour permettre aux catéchumènes et à leurs
accompagnateurs de discerner les attaches intellectuelles et morales auxquelles
ils ont à renoncer pour suivre le Christ.
Un cheminement animé par la prière personnelle et en
groupe
Le Pape Jean-Paul II avait fait de la prière une priorité
pour le renouveau de la vie chrétienne et ecclésiale au XXIe siècle. Dans sa
Lettre apostolique Au début du nouveau millénaire, il affirmait : «
Pour la pédagogie à la sainteté, il faut un christianisme qui se distingue
avant tout dans l’art de la prière ». (Novo Millennio Ineunte, janvier
2001).
Pour ce renouveau, il nous faut commencer tout simplement
par mettre à l’honneur dans nos salles paroissiales et nos maisons, des signes
qui invitent à la prière : une croix, une icône, ou encore une statue de la
Vierge Marie ou d’un saint. La prière du Christ et celle de ses disciples est
toute simple : elle s’adresse à Dieu avec les mots « Père, Papa ». Quand nous
disons avec Jésus « Père », ou que nous nous adressons à Jésus, à la Vierge
Marie ou à un saint, nous entrons dans la relation de confiance et d’amour avec
Dieu, relation que l’Esprit-Saint est venu établir le jour de la Pentecôte.
La fidélité à la prière personnelle et en groupe est le
terreau d’un cheminement qui fortifie l’attachement à la personne du Christ et
éclaire la foi en Dieu Père, Fils et Esprit-Saint. Il est bon que les
catéchumènes et l’ensemble des chrétiens s’encouragent à la prière personnelle
matin et soir, qu’ils s’appuient sur la Bible et les prières de la tradition
chrétienne (Pater, Ave Maria, Credo…).
Ils peuvent participer ensemble aux propositions de
l’adoration eucharistique et de la liturgie des Heures approfondies dans les
différentes formes de prière, de la louange à l’oraison silencieuse.
Une part importante des catéchumènes a eu un contact avec
la Bible pour trouver des réponses à leurs questions existentielles ou pour
étancher leur soif de Dieu. Le cheminement catéchuménal devrait initier à la
lecture priante des Écritures qui permet d’unifier l’approche intellectuelle et
spirituelle, et d’ouvrir au dialogue avec le Seigneur. Il existe de nombreuses
méthodes inspirées notamment de la tradition bénédictine ou ignatienne.
Un cheminement qui ouvre à l’Église diocésaine et
universelle
Une grâce reçue personnellement ou un progrès spirituel
personnel rejaillit toujours sur toute l’Église. Le cheminement catéchuménal
par conséquent, ne peut pas se contenter des réunions en petits groupes.
L’argument qui serait de préserver une qualité de relation fraternelle entre
les membres du groupe et d’éviter trop vite des contacts avec la vie
paroissiale et diocésaine ne tient pas. Une vie fraternelle s’enrichit et se
fortifie par le lien avec la vie chrétienne locale et diocésaine, et par le témoignage
de chrétiens d’autres cultures. Il est bon que les accompagnateurs s’informent
des propositions spirituelles tout au long de l’année et discernent avec les
catéchumènes ce qui peut enrichir leur foi et leur expérience ecclésiale.
En lien avec la messe dominicale
Un certain nombre de catéchumènes ont entamé leur
cheminement après avoir fréquenté des célébrations. Il est bon que dès le début
du catéchuménat l’habitude soit prise de la fidélité à la messe dominicale. Si
les catéchumènes ne quittent pas l’assemblée après l’homélie selon la tradition
de l’Eglise, il ne faut pas les associer à des actions liées à la liturgie
eucharistique (lectures, prière universelle, procession des offrandes), pour
respecter le temps de la préparation aux sacrements de l’Initiation. Sans le
lien avec la messe dominicale, la prière personnelle ou en groupe se limiterait
à un exercice de piété.
3. Une démarche liturgique
« Dans le rite du Baptême, il y a un signe très
fort, c’est lorsque nous recevons la bougie allumée au cierge pascal. C’est la
lumière du Christ mort et ressuscité que nous nous engageons à maintenir
allumée en l’alimentant par l’écoute de la Parole de Dieu et la communion
assidue à Jésus Eucharistie » (Pape Léon XIV, aux néophytes et
catéchumènes français).
Les rites du catéchuménat concernent toute l’Eglise
Le cheminement catéchuménal comporte quatre périodes
clôturées par des célébrations liturgiques : l’entrée en catéchuménat après une
première évangélisation, l’appel décisif au bout du cheminement catéchuménal,
les sacrements de l’Initiation à la vigile de Pâques après la préparation
ultime durant le Carême, et enfin la messe pour les néophytes, célébrée par
l’évêque vers la fin du temps pascal, après le temps de la mystagogie où les
néophytes renforcent leur fidélité aux sacrements et à la charité chrétienne
(RICA n. 41-42).
L’entrée en catéchuménat est présidée par le curé ou un
ministre ordonné, l’appel décisif et la célébration des sacrements par l’évêque
ou un prêtre dans une église. Dès le départ, le caractère public et ecclésial
est ainsi souligné.
Il est intéressant de relever que ces célébrations
prévoient la possibilité d’une participation des laïcs, notamment des
catéchistes et parrains, à certains gestes : signation du front et des sens à
la célébration d’entrée en catéchuménat (RICA n. 88-90), témoignage des
parrains à l’appel décisif (RICA n. 139).
En ce qui concerne la messe pour les néophytes qui peut
être célébrée plusieurs fois durant le temps pascal, il est suggéré que les
néophytes soient regroupés en un même endroit, entourés des accompagnateurs et
des parrains, ou encore qu’une demande spécifique soit intégrée dans la prière
universelle (RICA n. 240). A la dernière messe pour les néophytes présidée par
l’évêque, il peut y avoir un geste signifiant la pleine intégration dans
l’assemblée des fidèles (rejoindre l’assemblée dans la nef, déposer l’écharpe
reçue au baptême…).
En dehors des trois célébrations qui structurent le
cheminement de foi des catéchumènes, l’entrée en catéchuménat, l’appel décisif
et les sacrements de l’Initiation, d’autres sont prévues pour les soutenir. Dès
le début du catéchuménat sont proposées : des prières de bénédiction et
d’exorcisme, le rite de l’onction. Et durant le Carême :
les scrutins les 3e, 4e et 5e dimanches,
les traditions du Symbole de la foi et de l’oraison dominicale, la
reddition du Symbole de la foi et l’Effétah.
Si ce sont des ministres ordonnés qui président les rites
du scrutin et qui confèrent l’onction d’huile des catéchumènes, rien n’empêche
que les autres rites soient conduits par un baptisé laïc, à l’église ou dans un
lieu de rencontre.
Les étapes liturgiques du catéchuménat
L’entrée en catéchuménat est la reconnaissance par l’Église du désir de
devenir chrétien et son accompagnement plus officiel vers le baptême. À partir
de cette étape, le catéchumène est déjà considéré comme membre de l’Église, ce
qui est signifié par l’inscription du nom dans le registre des catéchumènes.
L’appel décisif au début du Carême ouvre l’ultime étape vers les
sacrements de l’Initiation. Avec les catéchumènes, toute l’Église entre dans
une retraite spirituelle de quarante jours qui offre à chacun de ses membres de
purifier et d’éclairer sa foi au Christ par la prière, le jeûne et l’aumône. Le
caractère ecclésial de l’appel décisif est souligné par le rassemblement de
tous les catéchumènes du diocèse, avec leurs parrains et accompagnateurs, et la
présence de l’évêque. Les chrétiens du lieu de la célébration contribuent par
leur présence et leur investissement dans l’accueil, à la qualité de la
célébration et au climat fraternel.
Les scrutins pour la purification sont prévus les 3e, 4e et
5e dimanches de Carême pour accompagner les catéchumènes dans
leur ultime préparation au baptême. Le terme scrutin est à rapprocher du verbe
scruter, il s’agit pour les catéchumènes de laisser Dieu « scruter leurs reins
et leurs cœurs », et de le laisser prendre lentement toute sa place dans leur
existence.
Les scrutins sont à « célébrer solennellement », souligne
le Rituel (RICA n. 148) dans le cadre d’une messe du dimanche en présence d’une
assemblée.
Les sacrements de l’Initiation sont prévus à la Vigile de Pâques ou au cours du
temps pascal. Vu le nombre croissant de catéchumènes, ils sont aujourd’hui
célébrés dans de nombreuses églises. Il est important que les communautés
paroissiales se mobilisent autour de cet événement et que les personnes
chargées de la communication portent le souci de l’annoncer, d’y inviter et
d’en rendre compte. La célébration de baptêmes d’adultes raffermit la foi des
chrétiens petits et grands, et constitue un des tremplins pour l’évangélisation
de tous ceux qui sont en lien avec le baptisé.
Les messes pour les néophytes, durant le temps pascal, indiquent la nécessité de la
poursuite de la formation chrétienne avec comme points de repère les sacrements
de l’eucharistie et de la réconciliation, ainsi que la vie de l’Église locale
et universelle.
Les rites à l’approche du baptême
Les traditions désignent les rites de transmission du Symbole de
la foi
(le Credo) et de l’oraison dominicale (le Pater). Les futurs baptisés reçoivent
de l’Église ce qu’elle considère comme le trésor de sa foi et de sa prière.
S’il est souhaitable, comme l’indique le Rituel, que « ces traditions soient
faites devant la communauté des fidèles après la liturgie de la Parole d’une
messe de
semaine » (RICA n. 176), elles peuvent également s’inscrire dans un temps de
prière lors des rencontres de formation.
Les derniers rites préparatoires désignent la reddition du Symbole de la foi, le
rite de l’Effétah, le choix du nom chrétien et l’onction d’huile des
catéchumènes. Ils sont prévus le samedi saint, et un choix de rites est
possible. C’est pour les catéchumènes et l’ensemble des chrétiens, l’occasion
de vivre le samedi saint, jour de commémoration du Christ au tombeau, dans un
climat de prière et par un effort de jeûne. La célébration peut être prévue en
lien avec la répétition de la liturgie de Pâques dans l’église et permettre ainsi
à des chrétiens d’y participer.
4. Une démarche en vue de la mission
« Vous êtes appelés à partager votre expérience de
foi avec les autres, en témoignant de l’amour du Christ et en devenant des
disciples missionnaires. Ne vous limitez pas à la seule connaissance théorique,
mais vivez votre foi de manière concrète, en expérimentant l’amour de Dieu dans
votre vie quotidienne » (Pape Léon XIV, aux néophytes et catéchumènes
français).
Le catéchuménat, un souffle missionnaire pour l’Église
Les catéchumènes nous rappellent que Dieu, à travers
l’incarnation, la mort et la résurrection de son Fils, est présent à toute
l’humanité et à toutes les situations humaines. Ils se sont mis en route à
partir d’expériences spirituelles et de rencontres qui se sont faites dans le
monde d’aujourd’hui, marqué par les réseaux sociaux et souvent en-dehors de nos
propositions pastorales classiques. Les catéchumènes, en majorité des jeunes,
peuvent permettre à l’Église d’appréhender les réseaux sociaux avec encore plus
d’audace et de compétence. En contrepartie, la longue expérience de l’Église
dans l’annonce de l’Évangile offre des repères pour éviter le refuge dans le
monde virtuel et le piège du vedettariat.
Les catéchumènes ont poussé de nombreuses portes,
beaucoup ont été attirés par la beauté de la liturgie, souvent à travers le
chant grégorien, la place du silence, la qualité des lectures bibliques ou
encore le soin porté aux gestes liturgiques. Il y a là un encouragement à
poursuivre la formation liturgique des ministres et du Peuple de Dieu, pour
affermir à la fois le sens liturgique et l’attachement aux sacrements.
Le renouveau de l’Église ne peut pas se faire sans une
redécouverte du rythme dominical. Il est heureux de voir des paroisses
redynamisées par des propositions de rencontres catéchétiques avant la messe et
de temps de convivialité en son prolongement. Chaque baptisé, par la fidélité
et la qualité de sa présence à la messe du dimanche, peut contribuer à en faire
la rencontre de la famille chrétienne, regroupant les différentes générations.
Cet attachement à la messe dominicale oriente les chrétiens vers une attention
aux églises de nos villes et villages, vers l’engagement à les garder ouvertes
le plus possible et à organiser tout au long de l’année, des rencontres de
prière et de catéchèse.
Les rites prévus durant le catéchuménat peuvent se
déployer sur une année liturgique entière. Les grandes fêtes et leur
préparation d’un Avent à l’autre sont un vecteur d’évangélisation aujourd’hui
dans le rapport au temps comme Histoire du salut dont Dieu est le Maître et le
Sauveur.
Le catéchuménat, un apprentissage au témoignage de foi et
de charité
Un certain nombre de catéchumènes arrivent avec une vraie
liberté intérieure pour témoigner de leur foi qu’ils ont acquise dans un
contexte indifférent voire hostile. Ils sont un encouragement à répondre à la
mission d’annonce de l’Évangile dans la société actuelle. La ferveur de la foi
des catéchumènes attend, de la part des chrétiens, un accueil et une aide afin
qu’elle puisse se concrétiser dans le service du prochain, notamment des plus
pauvres. Les institutions catholiques de solidarité et de charité peuvent y
trouver une interpellation à maintenir l’Évangile et la prière à la source de
leur action.
Le catéchuménat, une invitation à appréhender le combat
spirituel
Les prières d’exorcisme et les onctions d’huile des
catéchumènes proposées tout au long du cheminement avant le baptême, renvoient
à la réalité du combat spirituel dans la vie des disciples du Christ. Eclairés
par la Parole de Dieu et ouverts à l’action de l’Esprit Saint, les catéchumènes
expérimentent le tiraillement entre le Bien et le Mal, autour d’eux et en eux.
Le Christ les a précédés dans ce combat comme le souligne le récit de la
tentation au désert après son baptême dans le Jourdain (Cf. Lc 4,1-13). Bien
plus, le Christ les accompagne. Après sa mort et sa résurrection, il est venu
fortifier les cœurs de ses apôtres en leur expliquant les Ecritures et en leur
envoyant l’Esprit-Saint, la « force d’en-haut » (Lc 24,49).
Le cheminement du catéchuménat et du néophytat est une
occasion pour toute l’Eglise d’approfondir cet aspect de la vie chrétienne, en
s’appuyant sur la tradition du discernement spirituel et sur la grâce du
sacrement de la réconciliation. Ces deux soutiens sont précieux pour les choix
à poser dans la vie quotidienne comme dans les différents domaines de la vie
sociale, politique et économique.
Un engagement de corps et de cœur dans l’Eglise
Si les catéchumènes manifestent une soif de connaître le
Christ et d’entrer dans une relation vivante avec lui, ils ont plus de mal à
appréhender l’appartenance à son Corps qu’est l’Église, à l’image de beaucoup
de chrétiens des sociétés occidentales. Or le Christ Jésus s’est fait homme
pour arracher l’humanité à la solitude du péché et l’introduire dans la
communion d’amour avec Dieu. La foi en Jésus ne peut se réduire à une règle de
vie individuelle, fût-elle héroïque. Mais, elle a besoin de se ressourcer dans
les sacrements et dans la vie d’une communauté chrétienne. L’attachement au
Christ passe par un attachement de corps et de cœur à son Église. Celui-ci
commence par une connaissance de la vie de la communauté locale et diocésaine.
Il se traduit par la fidélité à la vie sacramentelle et au rythme dominical,
ainsi que par la contribution au denier de l’Église qui permet une rémunération
digne aux prêtres et aux laïcs salariés du diocèse. Le catéchuménat offre ainsi
l’occasion à tous les chrétiens de renouer avec la grâce baptismale qui confère
la dignité de fils de Dieu et de membres de l’Eglise, et à en vivre
concrètement.
Conclusion
Le catéchuménat est un don du Seigneur, une grâce de
Pentecôte qu’il fait à son Eglise aujourd’hui. Il vient soutenir la
participation des chrétiens du diocèse à l’annonce de l’Evangile. Pour cela, il
faut que la ferveur des catéchumènes puisse réveiller la foi des baptisés et
que le témoignage de vie des baptisés puisse encourager le cheminement des
catéchumènes vers les sacrements de l’Initiation.
Prions le Seigneur, Trinité Sainte, pour
les catéchumènes, les néophytes et tous les baptisés. Qu’Il les garde fermes
dans la foi et la charité sur le chemin de l’espérance qui mène à son Royaume
où Il convie toute l’humanité :
Père Saint, nous te rendons grâce pour le
don des catéchumènes.
Aide-nous à les accueillir et à marcher
avec eux pour former un Peuple uni par les liens de ton amour miséricordieux.
Seigneur Jésus, donne à ceux qui te
cherchent,
de te reconnaître comme le Fils de Dieu,
mort et ressuscité pour sauver l’humanité.
Fais grandir en eux et en nous, le désir
d’écouter ta Parole et de te suivre.
Esprit Saint, éclaire les catéchumènes de
ta sagesse et soutiens-les de ta force.
Donne-leur, ainsi qu’à tous les chrétiens,
la joie d’annoncer le Christ mort et ressuscité
et d’en témoigner dans leurs missions et
responsabilités.
Seigneur Dieu, Trinité d’Amour,
permets-nous de cheminer avec les catéchumènes et de vivre fidèlement dans ton
Église.
Garde-nous tous, sous le regard de la
Vierge Marie.
Diocèse
Cambrai